Interview de Candice et de Roswell au Glazart à Paris le 29 mai 2003.
C’est sans le savoir qu’un jour, 5 musiciens marseillais ont baptisé leur groupe « fée » en occitan. Originairement « eths » ne devait rien signifier de précis et pourtant ce nom est bel et bien évocateur d’un véritable concentré d’émotions, de rage et de sensualité. A l’occasion de leur première date parisienne en tête d’affiche, il semblait tout naturel de nous entretenir avec la charmante et délicate chanteuse Candice et le sympathique bassiste Roswell qui n’a pas sa langue dans sa poche, histoire de marquer l’événement …
MF : Vous êtes jeunes, en tant que groupe qu’en tant qu’êtres humains. Face au succès que rencontre eths, arrivez-vous à bien gérer la pression qu’engendre cette tournée et cette médiatisation ? Vous n’avez pas envie de souffler ?
Candice : On est fatigué, c’est clair mais bon, c’est notre boulot aussi de répondre aux interviews , tout ça … c’est grâce à ça que l’on peut se développer donc on va pas cracher dans la soupe quoi !
Roswell : Là en ce moment on est à fond dans la tournée de Samantha, on sait que de toute façon c’est prévu depuis un moment comme ça, on l’savait. De toute façon on est là pour ça, on gagne pas notre vie pour l’instant avec ça, donc on est là avec la passion et même les interviews ça nous fait plaisir ( ndlr : merci Roswell ! ) ! Y’en a plein qui rêveraient d’avoir ça alors si on commence à se plaindre, ça va pas, faut qu’on arrête quoi ! Même si c’est clair qu’on est fatigué, c’est de la bonne fatigue. Il vaut mieux être fatigué à faire ça que d’être fatigué à porter des caisses sur un chantier !
MF : Du coup le stress s’estompe …
Roswell : On est toujours un peu sous pression tout l’temps mais on arrive à le digérer. Même maintenant on ne s’en rend pas trop compte, on sait que maintenant on parle beaucoup plus de nous mais on est toujours dans l’même esprit et on a pas conscience du fait qu’on peut être à un certain niveau que d’autres groupes, c’est pour ça qu’on a peut-être pas trop de pression. Des fois quand on fait un concert un peu plus important, ouais, y’a un peu plus de pression et tout .. mais pour l’instant ça va, j’trouve qu’on arrive bien à gérer ce truc là ! En plus on est bien entouré, vers la fin de la tournée on commence à bien roder le truc, parce que c’est pas que nous, y’a toute une équipe. Faut avoir une bonne équipe qui marche bien, ça nous enlève de la pression !
Candice : Ils ont la pression à notre place !
Roswell : Pour qu’on s’entende bien il faut que ça soit comme ça de toute façon, pour tout les groupes, sinon ça va droit dans l’mur !
MF : Vous enchaînez pas mal de dates dans toute la France, est-ce qu’il y a des comportements typiques à chaque région ?
Candice : Totalement ! On a joué au Pays Basque 3 fois et les 2 premières fois ça s’est pas très bien passé parce que le public est là juste pour passer une soirée et puis c’est des gros bourrins plein d’alcool … et puis j’suis une fille, et comme ils ont pas l’habitude de voir des filles dans le Metal, de suite c’est : « A poils … », des trucs comme ça quoi.
Roswell : Et puis y’a que la musique du Pays Basque qui marche là bas. Ils aiment pas les Espagnols, ils aiment pas les Français, ils aiment que le Basque ! Donc y’avait une sale ambiance, mais c’est typique de là-bas, c’est clair. La troisième fois ça allait mieux, mais après les comportements …
Candice : Dans le Nord ça bouge plus, les gens se bougent plus alors que dans le Sud les gens te regardent plus. A Paris on a eu une agréable surprise la dernière fois, quand on a joué à La Boule Noire, on s’attendait pas à ça parce que tout le monde nous disait : « ouais, Paris, tu vas voir, ils sont statiques les mecs et tout … » alors qu’en fait ça s’est pas du tout passé comme ça., les gens étaient en folie !
MF : ( interloqué, et pour cause ... ) On vous a dit que le public parisien était statique ?
Candice : Ouais, ouais !
MF : Qui vous a dit ça ?
Candice : Bha des groupes qui sont venus jouer, de la famille qui habite ici …
Roswell : En plus on a eu peur tu vois, y’avait Boog-ia qui jouait avant nous et le public est resté statique et on s’est dit que c’était carrément le public parisien qu’on nous a dit .
Candice : Et après on a été super contents, ça s’est super bien passé !
Roswell : Le public parisien, c’est pas qu’il est statique, mais c’est qu’il y a énormément de musiciens qui viennent et ils ont peut-être pas envie de venir à un concert dans l’idée de faire la fête mais plutôt dans l’idée de découvrir un groupe et de regarder. On est allé jouer dans le Centre de la France, on a rarement vu ça ! Les gens slamment tout le temps ! Y’a que là-bas que j’ai vu ça ! Souvent dans les p’tits patelins reculés, les gens bougent, ils se donnent.
Candice : Y’a vraiment des comportements différents partout.
Roswell : Mais bon, ça va ! En général les réactions sont bonnes !
MF : Ca veut dire quoi « eths » ?
Candice : Rien !
Roswell : En fait c’est partie d’une sonorité, c’était « hets » au tout départ et on a vu qu’esthétiquement c’était pas beau alors on a mis le « h » entre le « t » et le « s ». Et puis pour la sonorité on voulait un nom hyper court qui ne veut rien dire justement pour pas que ça se dénature au fil du temps. Y’a des groupes qui prennent un nom, ça leur va bien pendant une période et puis deux ans après ça correspond plus à ce qu’ils font parce qu’ils ont évolué, ce qui est normal, tout le monde évolue. Mettre direct une étiquette avec le nom du groupe c’est pas du tout ce qu’on voulait. On voulait un truc comme ça pour que les gens s’interrogent et qu’ils nous prennent même pas pour un groupe de Metal au premier abord.
Candice : On a appris qu’en occitan ça voulait dire « fée » !
MF : Bhen c’est plutôt bien tombé, ça aurait pu être moins valorisant !
Roswell : On l’a pas fait exprès !
MF : En ce moment vous pensez plutôt à enregistrer un album ou vous êtes plutôt concentrés sur la réédition de Autopsie ?
Roswell : Autopsie, on l’a réédité parce que y’a la demande des gens. Les gens demandent à l’avoir. Musicast à mis les sous, a dit « Ok ! on le ressort ! » donc en a profité mais là on commence à penser à l’album.
Candice : On pense plutôt à l’album. En plus on a des nouveaux morceaux et tout …on se demande ou on va enregistrer tu vois …
Roswell : Ouais, voila, on commence à se poser les premières questions, mettre un peu les bases. C’est encore que des projets, on a quelques morceaux.
MF : Justement, avec Samantha vous aviez dégagé un début de concept avec le visuel, le thème, mais tout les titres n’abordaient pas le même sujet. Est-ce que vous n’avez pas envie de réaliser un vrai concept album, comme l’a fait Fear Factory avec Obsolète par exemple, dont on pouvait se procurer le scénario ?
Candice : C'est-à-dire que les morceaux on les a pas écrits encore…on sait pas encore, c’est quand même long à réaliser.
Roswell : On sait pas du tout … le visuel, on sait que ça va être dans notre esprit mais on n'a pas d’idée précise, c’est vrai que faire un concept-album ça peut bien nous coller mais on verra. Et puis nous on est perfectionniste donc si on fait un truc comme ça, faut vraiment que ça soit carré. En répète on travaille des morceaux comme ça mais là, pour l’instant c’est la tournée et puis on se prendra 2 mois pour composer et puis p’tetre que quand on va composer on va écrire des morceaux qui, liés les uns aux autres, donneront un concept mais pour l’instant on a que quelques idées mais rien de précis.
Candice : On veut surtout bien faire les choses.
Roswell : Oui, et puis comme on veut tout faire, notre visuel et tout ça, bhen ça prend encore un peu plus de temps. On a pas envie de se précipiter.
MF : Et vous faites quoi dans la vie ?
Roswell : Musiciens. On fait glandeurs et musiciens !
Candice : Parle pour toi ! (rires)
Roswell : Elle, elle bosse un peu.
Candice : C'est-à-dire qu’à coté on a la famille et faut bouffer ! On gagne pas encore notre vie, bientôt, mais pour l’instant on s’occupe comme on peut.
Roswell : On peut pas avoir un truc à coté vue que là on part pour 5 jours d’affilé, 15 jours d’affilé … Moi j’ai la chance d’avoir mes parents, Greg ( ndlr : guitariste ) aussi, Staif ( ndlr : guitariste lui aussi ) il se démerde autrement, Guillaume ( ndlr : batteur, là y’en a qu’un ) il est papa, il a des jumelles donc c’est encore un autre truc, on se démerde.

MF : Je pensais qu’il pouvait y avoir des étudiants dans le groupe …
Roswell : Non, on a tout arrêté. A un moment donné on a fait un choix, on a dit : « On fait ça et on se consacre à fond là-dessus ! ».
Candice : Pour l’instant on regrette pas.
MF : Vous rentrez chez vous et vous avez 4 messages sur votre répondeur : un de S.Buriez, un de C.Richardson, un autre de T.Date et le dernier de R.Robinson. Les 4 vous proposent d’enregistrer votre premier album. Vous rappeler lequel en premier et pourquoi ?
Candice : Pour ma part ça serait Terry Date pour ce qu’il a fait avant, l’expérience qu’il a sur tout ses albums.
Roswell : Ross Robinson c’est un son particulier, je pense pas qu’on irait dans cette direction. Ross Robinson s’est fait connaître grâce à Korn et grâce au son de Korn mais si les 4 font la même proposition … allez … Terry Date ouais. Tu vois, Colin Richardson il fait un putain de son mais c’est différent aussi, il a un son à lui, propre et tout … on sait pas en fait.
Candice : Si on devait choisir on ne choisirait pas un des ces 4 là ( elle hésite ) … Quoi que Terry Date oui, c’est clair mais …c’est délicat.
Roswell : Faut voir dans quelles conditions ça se passe. J’arrive pas à m’imaginer une situation comme ça …
MF : Oui, les 4 qui t’appellent …
Candice : C’est impossible ! (rires)
Roswell : S’il te propose d’enregistrer, de te produire, tout payer, de tout fournir avec du temps, le studio pour faire vraiment un truc bien, là c’est clair qu’on choisirait Terry Date mais après …
Candice : Maintenant ce qui nous intéresserait nous c’est Bergstrand, celui qui a enregistré Meshuggah ça nous correspondrait pour l’instant.
Roswell : En fait c’est une histoire de goût parce que nous on aimerait un son froid et Bergstrand il fait un son froid alors que Colin Richardson il fait un son vachement chaud.
MF : Certaines personnes m’ont dit que vous leur faisiez penser à Korn justement …
Candice : C’est vrai j’suis d’accord, avec l’ambiance et tout ça …
Roswell : C’est clair, on est accordé presque comme eux, on est accordés en « si », on a vraiment un son lourd et dark, c’est clair que ça se rapproche mais de toute façon ça fait partie de nos influences, on le sait. Pour ma part Ross Robinson non, il a fait des gros sons mais c’est pas ce qui nous correspond. On pense pas à un mec en particulier. Il peut y’avoir un mec comme ça qui nous enregistre et puis qui nous fasse découvrir notre son, c’est ça qu’on aimerait plutôt. Tu vois ces gros mecs ils ont leur son, tu sors de leur studio c’est le son Terry Date, le son Colin Richardson …alors que nous on aimerait avoir le son eths plutôt !
MF : Je vous pose la même question sauf que cette fois c’est G.Noé, A.Dupontel, D.Lynch et T.Gilliam qui vous proposent d’enregistrer la B.O de leur prochain film …
Roswell : Albert Dupontel ! Moi j’suis un fan alors …
Candice : Tu sais quoi, Gaspar Noé, David Lynch moi j’adore alors j’pourrais pas choisir.
Roswell : Mais si les 4 ils proposent en même temps, on fait les 4 ! (rires) Là c’est clair !
Candice : Moi j’dirais David Lynch ouais !
Roswell : Mais ça, ça dépend de ce qu’ils nous proposent aussi. C’est le genre de trucs pour lesquels on a le plus de libertés. Tu vois, on a fait une reprise de Richard Gotainer y’a pas longtemps, ça va sortir sur une compil, c’est la scène française ska-punk qui reprend ça et ils nous ont demandé de reprendre une chanson et nous on a accepté …
Candice : On s’est fait un délire !
Roswell : Pourtant Richard Gotainer on connaît pas bien mais on a repris ça et puis voila, ça fait une expérience. Les B.O de films c’est aussi des expériences donc avec n’importe quel mec on peut faire quelque chose, on est vachement ouvert là-dessus.
MF: Une question super originale : vous écoutez quoi en ce moment ?
Candice : Bhen moi on m’a refilé les anciens Marilyn Manson que je n’avais pas donc j’écoute ça en ce moment.
Roswell : Dernièrement, ce que j’ai bien écouté c’est le dernier Lofo. Je le connaîs par cœur maintenant ! Cet album j’l’ais à la maison et il a tourné pendant des semaines dans la platine, non-stop ! On a joué avec aux devant 2000 personnes, avec Watcha et Aqme à Nice … un grand moment !
Candice : Surtout quand t’es fan du groupe tu vois !
MF : Quel est le groupe ou le disque qui vous a donné envie de faire de la musique ?
Roswell ( sans hésitation, aucune ) : Metallica : Black album ! C’est avec ça que j’ai découvert le Metal, quand il est sorti, et je sais que pour les autres aussi c’est Metallica. Moi quand j’ai commencé la musique c’était en 5eme, dans un vestiaire en cours de sport : « toi tu fais la basse, toi tu fais la guitare, toi tu fais la batterie … » et moi j’me suis retrouvé à la basse et c’est à ce moment là que j’ai découvert Metallica, Suicidal Tendances …
Candice : Moi la musique c’était Live Through This de Hole en fait et de là ça a découlé et j’ai eu envie de chanter grâce à ça.
MF : Je sais que vous aimez mettre en place un vrai show en live, Candice, tu as désormais une tenue de scène … je voudrais savoir si vous avez des habitudes, des superstitions avant de monter sur scène.
Candice : Moi oui, ( elle rie ) j’ai des étapes avant de monter sur scène ; faut que je m’habille à telle heure, que je me maquille à telle heure… je mets chaque chose l’une après l’autres, y’a un sens ! Je fume pas pendant les tournées aussi, là on a 4 dates, je fumerai à la dernière date.
Roswell : Pour Candice c’est plus spécial mais pour nous ça va ; pas de superstitions du tout.
MF : Vous mettez des limites ?
Roswell : Des limites ? Ouais, il faut pas se cartonner, il faut rester professionnel. Du moment que tu assumes et que tu restes professionnel ça va !
MF : Vous y allez cool mais y’a toujours un p’tit truc au bide …
Candice : Oui, oui, c’est clair, on a toujours peur et tout ! Mais j’crois que si tu l’as plus c’est plus la peine ! Le trac, l’excitation, chaque fois qu’on entend l’intro.
MF : Quand on vous voit sur scène, ça se voit que vous-vous faites plaisir de toutes façons !
Candice : Il faut tout donner sur scène, c’est tout ! Qu’on soit fatigué ou malade il faut, par n’importe quels moyens, que ça se voit pas. Les gens ont payé pour te voir, c’est normal !
Roswell : Il faut leur en donner ! Les gens se bougent, il faut se bouger encore plus.
Candice : Ouais, c’est un échange, dès que le public est en folie nous ça nous permet d’en faire encore plus, et vice versa.
MF : Est-ce qu’il y a un style en particulier qui vous intéresse dans la scène française ?
Candice : Pas vraiment non, y’a pas de style particulier auquel on s’accroche.
Roswell : Nous on est vachement éclectiques, on écoute vraiment de tout et on peut pas cantonner ça à un style en fait. Pour nous c’est un groupe qui fait du bon son que ce soit dans n’importe quel style, tant que ça nous plaise ! On a fait un concert à Grenoble avec un groupe en première partie, y’avait un violoncelliste, un violoniste et un batteur, c’était vraiment magnifique ! Très perché dans le style tu vois, déjanté, ça nous a trop plu !
Candice : Souvent dans notre style y’a rarement de groupes qui nous touchent, c’est plutôt dans d’autres styles.
Roswell : On écoute tous des trucs différents dans le groupe, donc on s’intéresse chacun à ce qui se fait dans notre style, tu vois. On fait du Metal … tous les styles qu’on te donne finalement, tout ça c’est du Metal, c’est du Hard Rock même, pour revenir aux sources. Ca vient de là, c’est du Metal ! Le « hip-hop- style-metal-tribal-groove-trucbidulchouète » ….
Candice : Du « hop-core », ouais ! (rires)
MF : Pour finir, quels sont vos projets pour les mois à venir ?
Roswell : Finir la tournée, parce qu’en fait, de mi-juin à fin août, en va s’enfermer dans le local pour composer.
Candice : Et après on fini la tournée de septembre à décembre.
Roswell : Pendant ce temps là notre manager va démarcher pour faire un album et puis on va voir comment ça se conclu et quel temps on aura et puis voila. De toutes façons c’est l’album maintenant !
MF : Bhen voila, c’est fini …
Candice : Oh !? (rires)
Roswell : C’était cool !
Candice : Ouais, c’est clair !
Un grand merci à Musclor, Serge et tout le staf de Coriace !
voila je commence par mon groupe francai préféré: ETHS